Un des lieux singuliers à découvrir lors de cette dernière Journée des JEP ( Européennes du Patrimoine) 2026, il y a le prieuré Sainte-Bathilde (7, rue d'Issy). Érigé entre 1934 et 1936, ce monastère de la congrégation des Bénédictines de Sainte-Bathilde est l'œuvre du moine-architecte Dom Bellot (1876-1944) dont ils pourront découvrir la chapelle, le cloître, le jardin, la librairie Saint Anselme, avec un diaporama sur l’histoire du prieuré et un film d’Arte sur la vie des sœurs.
Beaucoup de monde imaginent que les sœurs bénédictines de Vanves vivent en vase clos dans leur monastère avec des journées entières consacrées à la prière et à la réflexion spirituelle, retirées du monde. Rien de plus faux, car non seulement, elles accueillent des étudiantes ou des soeurs du monde entier, mais elles sont en lien avec un certain nombre de monastères (bénédictins) implantés dans tous les continents. Elle accueillent non seulement l’Alliance Inter-Monastére (IAM) mais aussi les Amis des Monastères à travers le Monde (AMTM) qui a un rôle important car son but est de recueillir des dons pour financer des projets concernant ses monastère que l’AIM fédère. Elles ont créé le CEMAS (centre de la musique et des arts sacrés) pour soutenir des artistes avec des spectacles, des conférences, des ateliers ouverts à tous dont elles présenteront le programme de la saison 2026-2027. Elle présente, dans ce cadre, l’exposition « L’art de la photo croise le théme de l’eau vive ». D’un bout à l’autre du monde, à partir de la Source simple et limpide, ce lieu du monastère de Vanves, des sources ont jailli à Madagascar, au Vietnam et Bénin. Histoire de rappeler que cette congrégation a essaimé à travers certains pays du monde où elles ont créé des communautés comme soeur Colomban au Vietnam qu’elle a raconté dans un livre « Mémoire d’avenir » dont un des récents lecteurs, Christian Lépagnot a fait ce commentaire :
« Mémoires d’avenir : le titre de cet ouvrage de près de 660 pages attire l’attention du lecteur sur son message : faire vivre le passé et le relier au futur. Autrement dit, passer de l’évangélisation des tribus des hauts plateaux du Viêt Nam dans les années cinquante à la défense du catholicisme dans un environnement communiste. Tel est le fondement du transfert du monastère à Thủ Đức en 1967, près de Saïgon. Au cœur de cette aventure se trouvent les sœurs bénédictines de Vanves ; c’est de leur destin qu’il est question au fil des pages de cet ouvrage rédigé par sœur Colomban (Françoise Demeure).
Distinguons le double intérêt de ces pages denses, claires et rythmées par la chronologie de 1954 à 1975. Un premier intérêt est de nous révéler comment cinq sœurs créent de toutes pièces un monastère à Ban Mê Thuột à l’été 1954, et comment elles survivent avec l’aide de nombreux soutiens ecclésiaux. Un deuxième intérêt est de nous faire mesurer le poids de la guerre et l’impact de l’intervention américaine sur le projet des bénédictines de Vanves, mené à bien malgré tout.
D’abord, la création du monastère. Sous l’impulsion de l’évêque de Kontum, Mgr Paul Seitz, un premier terrain est repéré ; 30 hectares, finalement réduits à 10 hectares cultivés, sont mis en valeur : café, coton, riz. Puis des bâtiments s’élèvent, construits par la main-d’œuvre locale aux frais de l’évêché et du prieuré de Sainte-Bathilde de Vanves.
La foi des sœurs soulève des montagnes, mais alterne avec des moments de difficulté : récoltes aléatoires, maladies tropicales, incendie dévastateur, climat extrême. Dix, puis trente, puis une centaine de montagnards rejoignent la mission ; quelques jeunes filles aspirent au noviciat. Les baptêmes se multiplient. Mais la guerre perturbe l’élan inspiré par l’Évangile : à l’afflux de réfugiés venus du Nord succèdent les aléas politiques, l’abdication de l’empereur Bao Dai, le régime de Ngo Dinh Diem et l’intervention des États-Unis face à l’immixtion des Viet Cong au sud de la ligne de démarcation du 17e parallèle.
De toutes ces péripéties résulte la décision de l’évêque de transférer en 1967 le monastère naissant à Thủ Đức, près de Saïgon. La vietnamisation l’emporte sur le projet initial de conversion des montagnards ; sœur Colomban reste à Ban Mê Thuột avec une autre religieuse. Triste isolement qui s’achève par leur expulsion en 1975, décidée par les Viet Cong victorieux à la suite de la réunification du pays et du départ des Américains. À Thủ Đức, les bénédictines demeurent ; le message de l’Évangile ne s’efface pas ».